Le Patriarche Nicolas 1er

HomĂ©lie de la Dormition – 1958 [1]

Ép : Apo 12, 1-17 ; Év : Lc 1, 41-44 et 46-52.

 

Quelle est la place de la Vierge Marie dans le plan du salut? Il y a quelque chose de foudroyant dans l’enseignement de l’Eglise, qu’Ă  cĂŽtĂ© du Sauveur, Dieu manifestĂ©, de Celui qui a tout crĂ©Ă©, sans qui rien n’a Ă©tĂ© fait, se place une Vierge, une fille, une Ă©pouse, une mĂšre, Ă  cĂŽtĂ© de Dieu transcendant se place une crĂ©ature, une femme. Acceptez un instant la RĂ©vĂ©lation chrĂ©tienne sans Marie.

A quoi pensez-vous, qu’Ă©voque en vous cette idĂ©e ? Vous rĂ©pondez : Sans Marie, l’Eglise est dĂ©sincarnĂ©e. Que signifie cette femme ?

Femme : Il n’y a rien de commun entre cette femme crĂ©Ă©e et ce Dieu. « Femme, qu’y a-t-il entre toi et Moi ? » dira le Christ aux Noces de Cana Ă  sa mĂšre, Marie. « Femme, voici ton fils », dira-t-Il plus tard sur la croix, en montrant Jean Ă  Marie. Lui, le Fils de l’Homme, le Fils de Dieu, dit : Femme. Que signifie cette Marie, cette Ève, cette femme ? Que cache, que porte cet enseignement, qui met Ă  cĂŽtĂ© de Dieu CrĂ©ateur de toutes choses visibles et invisibles, Dieu qui Se penche sur nous pour que nous devenions comme Lui,

Qui S’abaisse pour nous Ă©lever Ă  l’union de notre esprit avec Son Esprit Divin, qui met Ă  cĂŽtĂ© de Lui, une femme. De quoi parle l’Eglise ?

Est-ce une dĂ©esse que Marie ? Non, c’est une femme, c’est nous, elle est de la mĂȘme chair et du mĂȘme sang, elle est ce rien, ce nĂ©ant, comme nous, mais un nĂ©ant qui a le dĂ©sir de Dieu, le dĂ©sir du monde d’ĂȘtre Dieu, elle est se nĂ©ant qui se couronne par l’obĂ©issance, elle est ce dĂ©sir d’ĂȘtre enceinte de Dieu, car, comme dit saint Denys l’ArĂ©opagite, dans le chaos, il y a le dĂ©sir de Dieu, elle est le cƓur palpitant du monde, du cosmos qui attend, qui aspire Ă  la LumiĂšre de l’intelligence, vraie lumiĂšre qui Ă©claire tout homme venant en ce monde.

Bienheureux les purs, car ils verront Dieu! Le Christ, en prononçant ces paroles, pensait d’abord au cƓur pur de Marie, cƓur dĂ©jĂ  pur, cƓur ayant acquis la puretĂ©, cƓur qui a vu Dieu le jour de l’Assomption, Marie monte en ce jour au-dessus des SĂ©raphins et par elle, le monde se rencontre avec la gloire de Dieu. Nous sommes tous de la race de Marie, en tant que nous avons le dĂ©sir de Dieu ; consciemment ou inconsciemment, nous avons tous ce dĂ©sir de Dieu, mais nous ne sommes pas encore le dĂ©sir pur de Dieu. Nous ne voyons pas Dieu parce que notre cƓur ne palpite pas assez, pas purement, il palpite en mĂȘme temps pour d’autres choses. Nous devons acquĂ©rir progressivement la puretĂ©, la virginitĂ© du cƓur. Marie est le dernier mot de cette puretĂ©, de cette purification, de cette virginitĂ©. Quand Elle dit : Je suis la servante du Seigneur, Elle est pure, Elle est vierge, et le Verbe, la vraie lumiĂšre, la vraie connaissance, peut venir en Elle. Nous sommes nous aussi appelĂ©s Ă  cette conquĂȘte de la lumiĂšre du Verbe, qui doit s’allumer en nous.

Aucun enseignement, aucune rĂ©vĂ©lation, ne peuvent nous profiter, tant que nous n’avons pas axĂ© notre vie sur cette puretĂ©. Tant que nous n’aurons pas acquis la puretĂ© du cƓur, nous ne verrons pas Dieu. Mais qu’est-ce que puretĂ©, impuretĂ© ? Qu’est-ce que cette puretĂ© digne de porter dans ses entrailles le Verbe, mĂšre intacte, vierge fĂ©conde, comme dit la Liturgie ?

En quoi Ève a-t-elle Ă©tĂ© impure ? Parce qu’elle fut distraite. L’impuretĂ©, ce sont les mouvements dĂ©sordonnĂ©s de notre esprit.

La puretĂ©, la virginitĂ©, la nuditĂ©, c’est l’intĂ©gritĂ©, c’est l’unitĂ© ; l’impuretĂ©, c’est ce qui disperse, ce qui sĂ©pare, nos actions qui se changent, nos pensĂ©es qui se transforment, nos dĂ©sirs mouvants. Marie fut attentive et dit oui Ă  Dieu. Le Christ dit Ă  la foule : Bienheureuse non seulement Marie, mais plutĂŽt ceux qui Ă©coutent la parole de Dieu et qui la gardent! Marie a Ă©coutĂ© les paroles ; plus encore, elle les a gardĂ©es. Garder, ne pas disperser ; arriver Ă  l’unitĂ©, de sentiment, de pensĂ©e, unitĂ© du cƓur. Jean de Cronstadt a trĂšs bien dit : Peu importe ce que tu fais, mais fais-le entiĂšrement. Tu veux ĂȘtre prophĂšte, sois prophĂšte, sois cordonnier, sois Ă©pouse, peu importe, mais sois-le totalement ; choisis et va jusqu’au bout ; jette-toi dans le chemin, et suis-le. Mais si tu changes tout le temps, comment veux-tu arriver un jour quelque part ?

Celui qui n’a pas acquis la puretĂ©, qui n’a pas sauvegardĂ© ensuite la puretĂ©, celui-lĂ  ne verra pas Dieu ; il ne sentira pas Dieu, il ne portera pas dans ses entrailles le Verbe. Aujour­d’hui, la Reine des Cieux nous dit : Gardez votre cƓur, cette perle-lĂ  plus prĂ©cieuse que Dieu Ă  a dĂ©posĂ© en nous, cette perle, gardez-la des sentiments inutiles, pour mon Fils, pour Lui seul, toujours pour Lui, fidĂšlement. À Lui la gloire dans les siĂšcles des siĂšcle : Amen.

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